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Le couvain de mâles piège à varroas.
- Écrit par Francis ANCHLING
Demande du syndicat de F.. Le mois dernier dans votre article page 21 du nº 990 vous avez parlé du cadre à mâles. Dans notre syndicat nous avons des jeunes qui veulent connaître le pourquoi de nos affirmations. Pourriez-vous répondre à leurs questions ?
1-) Pour quelle raison les varroas sont-ils plus attirés par le couvain de mâle que par le couvain d'ouvrières?
Le varroa considéré comme le pire ennemi de l'abeille est malheureusement devenu un parasite obligatoire de nos ruches depuis de longues années. Les femelles varroas pénètrent dans le couvain juste avant son operculation et s'y reproduisent. Les scientifiques ont remarqué que le couvain de mâle était de six à douze fois plus infesté que celui des ouvrières. Fort de ce constat, l’idée est venue d'éliminer ce couvain au fur et à mesure de son operculation : les varroas associés à ce couvain sont ainsi éliminés rapidement, simplement et ne pourront donc pas se multiplier.
L'infestation préférentielle du couvain de mâle s'explique par les caractéristiques physiques particulières de ce couvain. La formation d'un faux bourdon dure 24 jours de l'œuf à la naissance :
- trois jours dans l'œuf,
- six jours à l'état de larve et
- quinze jours en nymphose.
Les varroas femelles sortent de la cellule en même temps que l'abeille (mâle ou femelle) qui les a nourris. De suite elles cherchent le moyen de retourner dans une cellule pour se multiplier. Pour cela elles changent d'hôte et se font transporter par une abeille d'intérieur âgée, nourrice de préférence. Les nourrices passent dans les dernières 60h avant l'operculation de la cellule trois fois plus de temps pour soigner un mâle que pour soigner des ouvrières. Il y a donc trois fois plus de chances que la femelle varroa se laisse tomber dans une cellule de mâle que dans une cellule d'ouvrière. D'autre part l'operculation d'une cellule de mâles dures 48 heures contre 12 à 24 h pour une cellule d'ouvrière. Ainsi la longueur des soins cumulés à la longueur de l'operculation offre une plage d'infestation de six à douze fois plus importante pour un mâle que pour une ouvrière.
Par rapport au couvain d'ouvrières la période propice à l'infestation par varroa est donc 2,5 fois plus longue ; la cellule est 1,65 fois plus grande et la larve est 2,47 fois plus grosse.
Elle sera donc visitée plus fréquemment par les nourrices. L'effet attractif d'une substance chimique spécifique aux mâles n'a pas encore pu être démontrée (si elle existe) mais d'après les scientifiques semble négligeable.
2-) Par le découpage successif du couvain de mâles ne risque-t-on pas de sélectionner des varroas attirés par le couvain d'ouvrières ?
Dans l'état actuel des connaissances, aucune substance chimique spécifique aux mâles n'est responsable de la préférence marquée par varroa pour l'infestation de leur couvain. Cette préférence n'est que la conséquence des caractéristiques physiques particulières des soins apportés à ce couvain.Son élimination ne mettant en œuvre que des moyens mécaniques ne peut avoir aucune influence sur les capacités d'orientation de varroa. À l'inverse les traitements chimiques anti varroa des ouvrières entraînent un effet de mémoire qui conduit à une résistance par accoutumance.
3-) Ne risque t'on pas un déficit de fécondation des reines par l'absence de mâles en nombre suffisant ?
Les reines restent en général de 1 à 2 ans dans la même ruche et ne sont fécondées qu'une seule fois dans leur existence par 1 à 25 mâles. Les cellules de faux bourdons construites dans chaque ruche en bordure des cadres de couvain d'ouvrières suffisent amplement à assurer la fécondation d'une reine. Celui qui a des craintes pour la fécondation de ses reines peut très facilement réserver la plus forte de ses colonies à l'élevage de mâles.
4-) Ne porte-t-on pas préjudice à l'harmonie de la colonie par la découpe répétée du couvain de mâles ?
Il faut reconnaître que l'harmonie d'une colonie est difficilement mesurable. Les mâles n'étant présents dans la colonie que pendant une période relativement restreinte de l'année, on peut vraiment se demander quel est l'intérêt de leur présence pour l'harmonie de la colonie. De plus il ne faut pas oublier qu'il en restera toujours suffisamment qui échapperont au massacre (au minimum 500). D'ailleurs bien souvent les essaims ou nucléis construits se développent harmonieusement sans aucun mâle.
5-) Existe-t-il des comptes-rendus d'expérimentation? Afin de vérifier l'efficacité de cette méthode de piégeage des varroas, des expérimentations ont été conduites dans différents ruchers.
Exemple: En mars un lot de 18 ruches a été retenu et équilibré de sorte à ce que chaque colonie contienne six cadres de couvain le 10 avril, début de l'expérimentation. Neuf ruches ont constitué un lot test et reçu régulièrement des cadres pièges ; les neufs autres (lot témoin) ont été conduites normalement. Du 10 avril au 7 juillet quatre découpes de couvain mâle ont été réalisées sur le lot test le même jour sur toutes les ruches (le 1 mai, le 23 mai, le15 juin et le 7 juillet). Fin juillet toutes les 18 ruches ont été traités au thymol de manière équivalente.
Les conclusions :
Les quatre découpes successives de couvain mâle ont ralenti l'infestation varroas de manière significative, mais ne permet pas de se passer des traitements de fin d'année, car hors piégeage l'infestation a progressé dans les 18 ruches de façon semblable;
- Le système de piège par cadre à bâtir permet de mieux contrôler l'essaimage: en effet, aucune des ruches du lot test n'a essaimé. Cet effet très appréciable s'explique par le travail supplémentaire imposé aux bâtisseuses pour la confection du cadre à mâles mais aussi par l'attention accrue de l'apiculteur qui doit ouvrir ses colonies plus fréquemment.
Enfin la capacité de production de la colonie n'a pas été diminuée par la méthode du cadre à bâtir. Le travail supplémentaire imposé aux colonies pour bâtir plusieurs cadres et entretenir un couvain qui sera sacrifié n'a pas entraîné de baisse de rendement. Nous pouvons penser que l'effet curatif de la méthode à compenser l'effort supplémentaire des bâtisseuses.
